Theo Romain

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 THÉO ROMAIN                                                                                             

                                                                                              











LES PIÉDESTAUX DE CALAIS
Bois (contreplaqué peuplier, pin, MDF, OSB), bâche PVC noire,
Dimensions variables
2019




[…] Théo Romain, lui, propose d'interroger une posture artistique plus traditionnelle : celle du sculpteur. Ses réflexions principales tournent autour d'une confrontation des symboliques que nous attachons aux matériaux et aux formes. L'œuvre est ici envisagée comme un assemblage physique de divers imaginaires, toujours liés au contexte d'exposition. Les piédestaux de Calais, qui présente trois socles réalisés à partir de matériaux de construction, relève de cette logique : la forme, celle du socle, ou plutôt du piédestal, renvoie à l'emblématique sculpture Les Bourgeois de Calais réalisée par Rodin en 1895 et placée sur la place de l'Hôtel de Ville ; les matériaux (bois de construction et bâche noire) rappellent, eux, les constructions de fortune réalisées par les exilés tentant de survivre dans la « Jungle de Calais ». Deux imaginaires que Théo Romain met en dialogue à partir, nous le répétons, d'un jeu purement sculptural. L'œuvre se fait alors dispositif symbolique : la sculpture, celle de la pure tradition héroïque d'un Rodin, est réduite à son simple socle, objet uniquement potentiel, comme si elle attendait de célébrer les sacrifiés d'aujourd'hui. Il s'agit donc également d'un recyclage : Eustache de Saint-Pierre, martyr d'hier, célébré comme un héros municipal, pourrait être remplacé par la figure fantomatique de ceux·celles qui meurent véritablement aujourd'hui dans l'ombre de Calais. Les Bourgeois de Calais est symptomatique de la pratique du jeune artiste car ses œuvres sont toujours en tension avec leur contexte d'apparition. Il lui est inenvisageable d'exposer à Calais sans mettre en tension l'identité de la ville (ce qu'elle pense être) avec son actualité (ce qui la meut réellement). Il nous semble alors que le cœur de cette pratique est finalement lié à un terme encore peu pensé : celui de dignité. La dignitas latine indiquait autant ce que le mot désigne toujours aujourd'hui (le mérite, la considération) que, par résonance, ce que dit sa racine dek* et que nous entendons par décors (ce qui sied, ce qui élève, ce qui contextualise). Chez Théo Romain, la sculpture redevient un marqueur temporel, un objet de célébration. Elle redevient donc, également, un objet devant contextualiser, relever, considérer, ce qui n'est pas à sa place. Cela nous semble littéral dans Les Bourgeois de Calais : notre imaginaire doit être repensé. [...]

Extrait du texte «Cycles» de Jean-Baptiste Carobolante.




GLI F4
Béton, métal, plastique, marbre noir
Dimensions variables
2019



Avec GLI F4, c’est un travail d’archéologue qui se montre à nous. Un ensemble de fragments, d’éclats de grenades qui reconstituées, nous donne à voir une horreur fascinante. Ce ne sont pas des curiosités antiques. Elles sont bien actuelles et ici, tel que la pensé Théo Romain, en béton : ce même béton qui habille nos villes, ce béton polluant, nocif. C’est le tarmac d’un aéroport en devenir, les murs du dernier projet immobilier, du nouvel écoquartier. Ce béton nous est toxique.


Claude Boudeau
















LES TÉMOINS DE CE QU'IL RESTE
Bois, béton, plâtre, marbre, brique, divers objets manufacturés, feuille d’or,
Dimensions variables
2019




Les Témoins de ce qu’il reste est une série de sculpture commencé lors de ma résidence croisée franco-roumaine dans les locaux de Castel Coucou, à l’intérieur de l’Ancienne Synagogue de Forbach. En questionnant l’identité du lieu et en interrogeant la mémoire du territoire, l’installation se compose d’une série d’objets minimalistes faits d’assemblages de matériaux et d’éléments de construction qui viennent contraster avec l’utilisation de matériaux nobles. Ce travail in situ invite le spectateur à avoir un regard optimiste sur les enjeux politiques et sociaux de la ville, où tout ne serait finalement encore qu’en (re)construction. La dimension totémiques des sculptures viennent résonner avec la mémoire du lieu et la notion de culte.

















OÙ BOIVENT LES LOUPS
Vidéo HD, extrait,
13 min 35 sec,
2019



Ancienne ville minière de Moselle, en crise entre l’échec de sa reconversion industriel et la montée du RN, Forbach est une ville qui souffre et semble nostalgique de son passé. En déambulant dans la ville, de multiples plans fixes ont été enregistré afin de composer et rythmer le film dans le but d’établir une narration sans dialogue, laissant les images remplacer les mots. Entre fiction et réalité, la force symbolique des images cherche à interroger le spectateur sur le retour de l’antisémitisme en France et en Europe. Le titre Où boivent les loups est emprunté à un recueil de poème du célèbre écrivain, poète, essayiste de langues roumaine et française, Tristan Tzara.
Ce court métrage a été réalisé lors de ma résidence croisée franco-roumaine chez Castel Coucou, à l’intérieur de l’ancienne synagogue de Forbach.



















R E G A R D 2
Impression bichromie en risographie sur papier velin,
14,8 x 21 cm,
Édition limitée à 50 exemplaires,
Impression maisonriso, Paris
Travail en collaboration avec l’artiste Manon Thirriot,
2018



REGARD 2 est un projet d'édition en risographie autour de la notion de territoire, en collaboration avec l'artiste Manon Thirriot. Ce travail tend à confronter deux manières d'appréhender un territoire en proposant deux regards portés sur un même lieu. À partir de leurs pérégrinations urbaines, le travail de collectes d'empreintes de Manon Thirriot vient se mêler avec les recherches dessinées de Théo Romain.